L’affaire de The Cuckoo’s Calling : que c’est-il passé ?

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Catégorie : Cormoran Strike, JK Rowling, News, Robert Galbraith

Publié en Avril dernier, le roman policier intitulé The Cuckoo’s Calling (trad. litt. d’UHP : L’Appel du Coucou) aurait été écrit par un dénommé Robert Galbraith… « aurait » ? Oui, il semble que cet auteur ne soit nulle autre que J.K. Rowling, en personne !

C’est la nouvelle révélée par le Sunday Times (et reprise dans la nuit de samedi à dimanche dans un article du Telegraph) qui n’a pas manqué d’ébranler tous les potterheads ! Retour sur cette affaire fracassante digne d’un bon polar (pour le coup 😉 ) !

Pour commencer, avant que le secret ne soit dévoilé

L’ouvrage – s’il ne s’était vendu qu’à environ 1500 exemplaires au Royaume-Uni – avait tout de même reçu un excellent accueil de la critique et des lecteurs, qui retenaient :

  • un « bon roman prometteur », un « premier roman éblouissant » ou une œuvre « d’une maturité extraordinaire »,
  • il a aussi été décrit tel un roman policier type qui s’inspirait du travail d’auteures telles que Ruth Rendell (la série L’Inspecteur Wexford, aussi publiée sous pseudonyme, Barbara Vine) et PD James (le cycle Adam Dalgliesh),
  • à l’auteur de polars britannique Val McDermid, le livre rappelait « pourquoi [il est] tombé amoureux de la fiction policière à la base »,
  • enfin, l’auteur de polars Mark Billighan (dont une de ses citations apparaît sur la quatrième de couverture du livre) a même déclaré que Strike était « l’un des détectives les plus uniques et irrésistibles qu[‘il ait] jamais rencontré ».

La première version du synopsis (traduit par nos soins) du livre était :

Un brillant premier polar dans la veine classique : le détective Cormoran Strike enquête sur le suicide d’un mannequin.
Après avoir perdu une jambe dans un champ de mine en Afghanistan, Cormoran Strike peine à s’en sortir en tant que détective privé. Il ne dépend que d’un seul client et ses créanciers en ont après lui. Il vient également de rompre avec sa petite-amie et vit dans son bureau.
C’est alors que John Bristow pousse sa porte amenant avec lui une histoire incroyable : sa sœur, le légendaire mannequin Lula Landry – que ses amis appellent le Coucou – a perdu la vie dans une chute quelque mois plus tôt, faisant les gros titres. La police a classé l’affaire en suicide, mais John refuse de le croire. Cette affaire plonge Strike au sein du monde des beautés multimillionnaires, des petits amis rock stars et des stylistes désespérés ; et l’amènent à découvrir toutes les variétés de plaisir, de provocation, de séduction et d’illusion qu’un homme puisse connaître.
Vous pensez peut-être connaître les détectives, mais vous n’en avez jamais rencontré un tel que Strike. Vous pensez peut-être tout savoir des riches célébrités, mais vous ne les avaient jamais vus impliqués dans une telle affaire.

Tandis que, de manière assez amusante, la section « À propos de l’auteur » nous apportait même une biographie complète de l’auteur écossais :

Né en 1968, Robert Galbraith est marié et père de deux garçons. Après plusieurs années au sein de la Police Militaire Royale, il a été rattaché à l’UES (Unité des Enquêtes Spéciales), la branche civile de la PMR. Il a quitté l’armée en 2003 et a depuis travaillé dans l’industrie de la sécurité civile. L’idée de Cormoran Strike lui est directement venue de sa propre expérience et de celle de ses amis militaires retournés la vie civile. « Robert Galbraith » est un pseudonyme.

Le déroulement de la révélation de l’origine du livre

Selon le New York Times, tout serait alors passé par un suspicieux tweet envoyé à une rédactrice du Sunday Times, India Knight. Tandis qu’elle racontait sur Twitter qu’elle avait adoré The Cuckoo’s Calling et qu’elle ne pouvait croire que le pseudonyme dissimulait un auteur débutant ; elle a reçu, peu après minuit, un tweet d’un anonyme lui intimant que ce n’était véritablement pas « un premier roman… il a été écrit par J. K. Rowling ». Elle s’est alors empressée de lui répondre en demandant « comment pouv[ait-il] en être certain ? » et l’anonyme lui aurait répondu par le laconique « Je le sais, c’est tout ! » avant d’effacer son compte ainsi que tous les tweets.

Piqué de curiosité, le responsable de la rubrique Arts du NYT, Richard Brooks, a alors mené sa propre enquête et a découvert que Miss Rowling (pour son roman Une Place à Prendre) et Robert Galbraith partageaient non seulement le même éditeur (à savoir chez Sphere Book, une sous-branche de la maison d’édition, Little Brown), mais aussi le même agent – ce qui paraissait plutôt étonnant pour un auteur débutant.
Afin de pouvoir confirmer ses nouvelles suspicions, R. Brook a alors fait appel à deux experts linguistes, Peter Millican (de l’université d’Oxford) et Patrick Juola (de la Duquesne University) afin qu’ils mènent une étude comparative* dudit livre aux romans de Miss Rowling (parmi lesquels Harry Potter, Une Place à Prendre et The Cuckoo’s Calling) et de trois autres auteurs britanniques au style similaire. Il serait de faite clairement apparu que le livre de Robert Galbraith présentait des similitudes troublantes avec les ouvrages de l’auteure (telles que des expressions latines présentes dans les Harry Potter ou une scène de drogue d’Une Place à Prendre). Pour Juola, « est-ce que cela a prouvé que J.K. Rowling était l’auteure ? Bien sûr que non. Même l’ADN ne permet pas de prouver cela. […] Tout ce qu’on savait, c’est que le livre avait été écrit soit par elle, soit par quelqu’un qui avait un style extrêmement similaire. »

Ce fut donc une preuve suffisante pour le journaliste ! Puisque c’est à ce moment-là, c’est-à-dire hier, que The Sunday Times a pris contact avec l’auteur par mail pour l’interroger de manière très directe sur cette histoire et lui réclamant une réponse franche. Le lendemain, un porte-parole de Miss Rowling répondait que Miss Rowling avait décidé de « cracher le morceau » !
En effet, quelques jours plus tard, elle avoué la vérité regrettant cependant que le masque tombe si tôt parce qu’elle avait « espéré conserver le secret un peu plus longtemps, dans la mesure où être dans la peau de Robert Galbraith a été une expérience tellement libératrice. Cela fut merveilleux de pouvoir publier sans subir le battage médiatique et les attentes du lectorat et un pur plaisir d’avoir des retours adressés à un nom différent. »

Dès lors que l’affaire fut révélée et reprise par bons nombres de sites potteriens, les réactions des fans ne se sont bien entendu pas fait attendre. Tandis que certains semblent se sentir trahis par l’auteure, la plupart affirment au contraire qu’ils trouvent judicieux de sa part d’avoir emprunté un pseudonyme afin d’être jugée à sa vraie valeur, à l’image de l’une de ses fans les plus connues, Evanna Lynch (Luna Lovegood) :

Cette révélation a aussi permit de délier des langues à l’instar, en ce début d’après-midi, de Kate Mills (responsable de la Fiction au sein de la maison d’édition Orion Publishing) qui a admis qu’elle avait reçu et rejeté l’œuvre.

Interrogée par la suite toujours sur Twitter, elle a expliqué que le livre en soi était plutôt bon, mais que le marché de l’édition était trop difficile et concurrentiel en ce moment, particulièrement pour les romans policiers.

Et dire qu’en 2007, l’écrivain écossais Ian Rankin avait failli déclencher un scandale en déclarant que sa femme avait vu Miss Rowling « gribouiller dans un café » sans doute « à écrire son roman policier d’Édimbourg ». Ce qui, devant l’ampleur de la réaction, avait été rapidement démenti !

Quoi qu’il en soit, il a été confirmé que les enquêtes de Cormoran Strike se déclineront en plusieurs tomes, dont le prochain devrait être publié l’an prochain. Et les éditions Grasset, qui avaient déjà édité Une Place à Prendre ont annoncé ce lundi qu’une version française de The Cuckoo’s Calling serait disponible « avant la fin de l’année ».

* Patrick Juola, qui est également spécialisé en stylométrie (i.e. l’analyse quantitative des styles d’écriture) a inventé un programme permettant de sélectionner un échantillon de texte et de reconnaître – à l’aide de nombreuses variables – quel est l’auteur le plus susceptible de l’avoir écrit. Cette analyse mathématique étudie notamment la longueur des mots, les 100 mots qui reviennent le plus souvent et les groupements de mots les plus utilisés dans un ensemble de textes.