Interview : J K Rowling au festival du livre d’Edinburgh – Dimanche 15 août 2004

Dernière mise à jour : le 23 avril 2016

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JK Rowling au festival du livre d’Edinburgh – Dimanche 15 août 2004

Lindsey Fraser : Eh bien, nous devons être les 500 personnes les plus chanceuses d’Édimbourg, aujourd’hui. Je m’appelle Lindsey Fraser et je suis ravie de vous féliciter, au nom du Festival international du livre d’Édimbourg, de vous être levés si tôt en ce dimanche matin. Bienvenue à cet événement exceptionnel. Naturellement, il n’est nul besoin de vous présenter J K Rowling et mon travail sera par conséquent très facile. Les romans de Harry Potter ont littéralement transformé sa vie ; je pense que vous connaissez tous son histoire. Mais les aventures de Harry Potter ont également transformé nos vies. Nous faisons partie des millions de lecteurs du monde entier, comme l’indique le fait que certains des présents ont fait un long voyage pour être parmi nous aujourd’hui. C’est un peu comme si un gigantesque club de lecture s’était immergé dans l’univers qu’elle a créé. Elle n’a plus beaucoup l’occasion de parler en personne à ses lecteurs, ces temps-ci, et il n’y a rien d’étonnant à cela. Elle est trop occupée à écrire d’énormes livres, mais elle a fait une exception aujourd’hui, pour lire un extrait de son dernier roman puis pour répondre à quelques-unes de vos questions. Je sais que vous êtes tous impatients de lui prouver à quel point vous êtes enchantés de la voir aujourd’hui. Mesdames et messieurs, voici Jo Rowling.

J K Rowling : Bonjour à tous. Je vais commencer par vous lire un bref extrait de « Harry Potter et l’Ordre du Phénix» et je répondrai ensuite à quelques questions. Y a-t-il parmi vous des gens qui n’ont pas encore terminé ce livre ? Je sais que c’est le cas pour une personne située au fond, parce que je la connais et qu’elle me l’a dit. Il me semble que vous êtes presque tous des adultes. S’il y a ici des enfants ou des jeunes qui n’ont pas encore terminé la lecture de ce livre, nous devons prendre garde à ne pas leur révéler la surprise finale, si vous voyez de quoi je veux parler. Si vous avez des questions à ce sujet, mieux vaut les conserver pour la séance de dédicaces qui aura lieu tout à l’heure. Pour ne pas gâcher le plaisir des gens qui n’ont pas encore achevé ce roman, j’ai choisi un passage qui se trouve au début du livre, juste avant le retour de Harry à Poudlard. Ron et lui ont une surprise – une surprise assez désagréable pour Harry, je dois dire.

Lecture par J K Rowling d’un extrait de « Harry Potter et l’Ordre du Phénix ».

Questions du public :

De tous vos livres, lequel est votre préféré ?

J K Rowling : Cela dépend. Je dirais qu’il s’agit probablement de « Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban», même si actuellement – et ce n’est pas très fair-play de ma part – je lui préfère « Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé ». Désolée : je suis la seule à l’avoir lu et j’avoue le trouver plutôt bon. C’est généralement ce qui se passe lorsque j’écris un livre. Après en avoir écrit un peu plus de la moitié, je l’adore, mais au moment où je le termine, il me paraît complètement nul. Pour l’instant, j’aime beaucoup l’intrigue de ce sixième livre. Il s’y passe beaucoup de choses et on y trouve la réponse à de nombreuses questions. Dans la mesure où l’on approche de la fin de la série, je crois que le moment est venu d’apporter des réponses, plus seulement des indices et de nouvelles questions, bien qu’il y ait naturellement quelques nouveaux indices puisque tout n’est pas encore terminé. J’espère que vous trouverez ma réponse suffisamment frustrante dans la mesure où vous ne pouvez pas encore le lire !

Quels livres lisiez-vous quand vous étiez enfant et quels livres lisez-vous maintenant ?
J K Rowling : Quand j’étais enfant, je lisais tout ce qui me tombait sous la main. Mes livres pour enfants préférés étaient « I Capture the Castle », de Dodie Smith, que j’adore vraiment, « The Little White Horse », tous les classiques pour enfants… J’adore E. Nesbit : je la trouve géniale et je m’identifie à sa manière d’écrire. Ses enfants sont de vrais enfants et elle a révolutionné le genre à son époque. J’ai également lu de nombreux livres pour adultes. Le dernier roman que j’aie lu est « La Pierre de Lune » de Wilkie Collins, que j’avais envie de lire depuis des années. C’est un livre extraordinaire. Je reviens tout juste de vacances et, pour la première fois en cinq ans, je n’ai emporté aucun Iris Murdoch, parce qu’ils sont trop déprimants. J’étais sur le point d’en mettre un dans mes bagages et je me suis dit : « Pourquoi ? Pourquoi t’infliger ça ? » J’ai laissé tomber et, à la place, j’ai lu Wilkie Collins, ce qui fut nettement plus agréable.

Tous les tableaux que nous avons vus à Poudlard représentent des personnes décédées. Elles semblent vivre par l’intermédiaire de leurs portraits. S’il y avait un tableau des parents de Harry, pourrait-il leur demander conseil ?

J K Rowling : C’est une excellente question. Bien qu’il s’agisse toujours de personnes décédées, elles ne sont pas intégralement des fantômes, comme vous avez pu le remarquer. L’endroit où on les voit parler est essentiellement le bureau de Dumbledore. L’idée est la suivante : les anciens directeurs et directrices laissent derrière eux une légère empreinte. Ils laissent une sorte d’aura dans ce bureau et peuvent donner des conseils à son occupant actuel, mais la situation est différente de celle des fantômes. Ils ressassent les mêmes phrases, la plupart du temps. Le portrait de la mère de Sirius n’est pas une véritable personnalité en 3D : la transformation n’est pas complète. Elle répète les rengaines qu’elle débitait à longueur de journée lorsqu’elle était vivante. Si Harry possédait un tableau de ses parents, il ne lui serait pas très utile. S’il les rencontrait sous la forme de fantômes, les interactions seraient beaucoup plus fructueuses. Mais comme Nick l’indique à la fin du « Phénix » – je sais que je m’aventure en terrain miné, mais je pense que vous savez à quoi il fait allusion -, certaines personnes ne reviennent pas sous la forme de fantômes parce qu’elles n’ont pas peur (ou moins peur que d’autres) de la mort.

Quel est votre personnage préféré ?
J K Rowling : J’ai des tas de personnages préférés. J’aime vraiment beaucoup Harry, Ron, Hermione, Hagrid et Dumbledore. J’adore écrire sur Rogue : même s’il n’est pas toujours le plus agréable des hommes, je m’amuse beaucoup à le faire vivre. J’adore aussi écrire sur Dudley. Si j’avais l’occasion d’en rencontrer un, je crois que je choisirais Lupin. Je l’aime vraiment beaucoup. Parmi les nouveaux personnages, mon préféré est celui de Luna : je l’adore vraiment.

Tante Pétunia est-elle une Cracmol ?
J K Rowling : Bonne question. Non, ce n’est pas le cas, mais [rires]. Non, ce n’est pas une Cracmol. C’est une Moldue, mais [rires]. Il va falloir que vous lisiez les autres livres. Tante Pétunia a pu vous sembler être un peu plus que ce que l’on voit au premier coup d’œil et vous allez découvrir de quoi il s’agit. Elle n’est pas une Cracmol, mais votre idée n’était pas mauvaise. Oh, je crois que j’en dis trop. Je deviens incroyablement indiscrète…

Comment imaginez-vous des noms comme Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue ?
J K Rowling : Ces noms proviennent tous des créatures en lesquelles ils se transforment. Queudver a été le plus difficile à trouver. Ma sœur a horreur des rats, essentiellement à cause de leur queue ; c’est de là que m’est venue l’idée. Vous savez comment je trouve mes noms parce que j’ai emprunté le nom de jeune fille de votre mère, n’est-ce pas ? Les gens qui cherchent à devenir mes amis doivent être prudents, car ils risquent fort de se retrouver dans l’un de mes livres ; en outre, ceux qui m’offensent se retrouvent souvent dans la peau d’un personnage malfaisant. L’autre jour, j’ai trouvé le nom « McClaggan », qui est un excellent nom. Il y a un McClaggan dans le sixième tome parce que j’ai trouvé que ce nom était trop bon pour ne pas l’utiliser.

Harry Potter va-t-il devenir un sorcier adulte ?
J K Rowling : Eh bien, je pense que je n’en dis pas trop en avouant qu’il va survivre au septième livre, essentiellement parce que je ne tiens pas à ce que vous me sautiez dessus pour m’étrangler, mais je ne dirai pas s’il devient adulte parce que je n’en ai jamais parlé. Vous savez me pousser dans mes retranchements…

Certains de vos personnages sont-ils fondés sur de vraies personnes ?
J K Rowling : Le seul personnage délibérément fondé sur une personne réelle est celui de Gilderoy Lockhart. [Rires] Il ne s’agit peut-être pas de celui auquel on aurait pu penser, mais je dois dire que son modèle était pire… [Rires] Il était incroyable ! Les mensonges qu’il pouvait raconter sur les aventures qui lui étaient arrivées, les choses qu’il avait faites et les actions impressionnantes qu’il avait réalisées… Il était vraiment consternant. Je le dis d’autant plus librement qu’il n’y a pas une chance sur un million qu’il puisse s’imaginer que j’ai donné ses traits à Gilderoy Lockhart. J’ai toujours peur qu’il se manifeste de nouveau un jour. Il fait partie de ces gens liés à votre passé dont vous avez l’impression de ne jamais vous être tout à fait débarrassés. Un jour, lors d’une séance de dédicaces, je vais lever le nez et je le trouverai devant moi, disant : « Salut, Jo ! ». [Rires] D’autres personnes ont apporté l’un ou l’autre de leurs traits – leur nez, par exemple – à l’un de mes personnages, mais le seul pour lequel je me sois assise en me disant que j’allais le fonder sur quelqu’un est Gilderoy Lockhart. Cela m’a consolée d’avoir dû le supporter pendant deux années entières.

Avez-vous écrit d’autres livres que les aventures de Harry Potter ?
J K Rowling : Non. J’ai écrit d’autres choses qui n’ont jamais été publiées, et je peux vous assurer que ce n’est pas une grande perte. J’ai écrit toutes sortes de choses, mais rien d’autre n’a été publié. Certaines le seront peut-être un jour, je n’en sais rien. J’ai quelques œuvres inachevées que j’aimerais bien terminer, mais je ne sais pas si j’ai envie de les faire publier.

De tous les personnages de vos livres, lequel se rapproche le plus de votre propre personnalité ?
J K Rowling : Il existe une théorie selon laquelle chaque personnage est une extension de la personnalité de l’auteur, ce qui ferait de moi quelqu’un d’assez perturbé, j’imagine. [Rires] Je ne sais pas combien de personnages j’ai créés, mais on doit approcher des 200, ce qui me met dans une situation délicate… Hermione ressemble un peu à ce que j’étais au même âge. Je ne l’ai pas cherché, mais il est vrai qu’elle me ressemble un peu. Sous une forme exagérée… Harry me ressemble aussi un peu. Si vous associez Harry, Ron et Hermione… J’ai beaucoup de facilité à les faire vivre et je pense que c’est parce qu’ils reflètent différentes facettes de ma personnalité. En revanche, pour Dolores Ombrage, pas question : je ne lui ressemble pas du tout. C’est une femme horrible.

Quelle forme adopte le Patronus de Dumbledore ?
J K Rowling : Bonne question. Quelqu’un a-t-il une idée ? J’ai pourtant donné un indice. Quelqu’un a murmuré, là. C’est un phénix, ce qui convient parfaitement à Dumbledore pour des raisons que vous êtes à même de deviner.

Quel sera le titre du septième roman ?
J K Rowling : Je pense que quelqu’un vous a chargé de me le demander. [Rires] Pour Harry Potter et l’Ordre du Phénix, la même question m’a été posée en direct sur un plateau de télévision américain par un petit garçon aussi mignon que vous. Et j’ai répondu. J’avais refusé de le dire à tous les journalistes, mais il a suffi qu’un petit garçon comme vous lève la main et dise : « Quel est le titre du prochain livre ? » pour que je le dévoile ! Mais je ne dirai rien aujourd’hui, je regrette. Vous n’avez pas la moindre idée des ennuis qui m’attendent si je le fais. Mon agent enverrait des gens me tuer, alors je ne dirai rien.

Pourquoi le barman de La Tête de Sanglier semble-t-il vaguement familier à Harry ? S’agit-il du frère de Dumbledore ?
J K Rowling : Oh, vous devenez très forts. Qu’est-ce qui vous fait croire qu’il s’agit d’Aberforth ? [Membre du public : Différents indices. Il sent le bouc et ressemble un peu à Dumbledore]. J’étais assez fière de cet indice. C’est tout ce que je dirai. [Rires] Eh bien, oui, manifestement. J’aime bien l’indice du bouc : j’ai ri toute seule en y pensant.

Êtes-vous satisfaite des films tirés de vos livres ?
J K Rowling : Oui, je suis heureuse des films. Des trois, Azkaban est mon préféré. Je l’ai trouvé très bon pour plein de raisons différentes. J’ai trouvé qu’Alfonso Cuaron, le réalisateur, avait fait un travail fantastique et que Dan, Emma et Rupert, qui incarnent Harry, Hermione et Ron, avaient merveilleusement joué dans ce film. Je le leur ai dit.

Comment trouvez-vous les noms bizarres des potions ?
J K Rowling : Parfois, l’inspiration n’est pas là. En écrivant le dernier chapitre de « Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé », il me fallait trouver un nom pour une nouvelle potion. Je suis restée dix minutes devant mon clavier avant de taper « X ». Je me suis dit que je reprendrais ça plus tard. On a parfois envie de simplement continuer à écrire l’histoire. Il arrive que des noms surgissent tout seuls – c’est une sensation géniale -, mais il faut parfois se triturer les méninges pendant un moment. Il arrive que l’on invente un nom en faisant la vaisselle, aux toilettes ou dans des circonstances aussi triviales. Mon mari a l’habitude de m’entendre dire « Attends ! » puis de me voir me précipiter à l’étage pour noter quelque chose.

Que faites-vous pendant votre temps libre ?
J K Rowling : Je n’ai pas de temps libre. [Rires] Quand je ne suis pas en train d’écrire ou de m’occuper de mes enfants, je lis ou je dors. Pour être totalement franche avec vous, en ce moment, dormir est probablement mon activité préférée. Je sais que c’est loin d’être une réponse passionnante. Je pourrais vous dire que j’adore faire la fête avec Mick Jagger… En réalité, je n’ai aucune envie de faire la fête avec Mick Jagger, c’est un mensonge éhonté, mais ce serait une bien meilleure réponse pour une occasion telle que ce Festival.

Lequel de vos personnages avez-vous inventé en premier ?
J K Rowling : Harry. C’est lui qui a fait toute l’histoire. L’ensemble de l’intrigue repose sur Harry : son passé, son présent, son avenir. C’est Harry qui m’est apparu en premier et tout s’est développé à partir de lui. Je lui ai donné des parents, un passé, Poudlard… et le monde des sorciers n’a cessé de grandir. Il est vraiment à l’origine de tout.

Hermione a-t-elle des frères et sœurs ?
J K Rowling : Non, elle est enfant unique. Au tout début, je lui avais attribué une petite sœur, mais il a été difficile de lui trouver une place. Cette sœur plus jeune n’était pas censée aller à Poudlard. Elle était destinée à demeurer Moldue. Cela ne cadrait pas très bien et ne tenait pas une grande place dans l’histoire. J’ai délibérément laissé la famille d’Hermione à l’arrière-plan. La famille de Ron est tellement fantastique que je me suis dit qu’il valait mieux, par contraste, donner à Hermione une famille ordinaire. Ils sont dentistes, comme vous le savez. La nature de leur fille les laisse un peu perplexes, mais, en même temps, ils sont plutôt fiers d’elle.

Harry a-t-il une marraine et, si c’est le cas, la verra-t-on dans les prochains livres ?
J K Rowling : Non, il n’en a pas. J’ai pas mal réfléchi à la question. Si Sirius s’était marié… Mais Sirius était trop occupé à jouer les rebelles pour se marier. Harry est né lorsque Voldemort était à son zénith ; de ce fait, son baptême a été aussi discret que précipité : seul Sirius, le meilleur ami, était présent. Les Potter vivaient à la limite de la clandestinité et il n’était donc pas question d’un baptême en grande pompe. Sirius fut le seul à y assister, malheureusement. Mais je sens que je ne dois pas trop en dire, n’est-ce pas ?

Si, pendant une journée, vous pouviez être l’un de vos personnages, lequel choisiriez-vous ?
J K Rowling : Certainement pas Harry, parce que je n’aimerais pas vivre des aventures aussi intenses. Je sais ce qui l’attend et je n’ai aucune envie de le vivre. Pour l’instant, je n’aimerais être aucun d’eux car la vie de chacun devient plus dure. Ce serait en revanche très drôle d’être quelqu’un comme Peeves, qui sème la pagaille et se moque de tout.

Ron et Hermione vont-ils sortir ensemble ?
J K Rowling : Eh bien… [Rires] À votre avis ? [Membre du public : Je pense que oui.] Je ne vous dirai rien. Je ne peux rien dire, n’est-ce pas ? Je pense que j’ai déjà donné beaucoup d’indices à ce sujet. Je n’en dirai pas plus. Pour en savoir plus, il va vous falloir lire entre les lignes.

Avez-vous toujours rêvé d’être écrivain ?
J K Rowling : Oui. Je sais que je voulais être écrivain à six ans car j’ai écrit un livre à cet âge. C’était une œuvre d’un génie sans mesure à propos d’un lapin qui s’appelait Lapin. Je l’ai donné à ma mère qui m’a dit : « C’est mignon », comme toute mère l’aurait fait, « C’est très, très bien. » Je suis restée plantée là et je me suis dit : « Dans ce cas, fais-le éditer. » C’est une pensée un peu bizarre de la part d’une enfant de six ans. Je ne sais pas d’où elle m’est venue. Je me suis dit : « Allez, on lance les épreuves ? » J’avais vraiment envie d’essayer. Personne d’autre n’avait envie d’écrire, dans ma famille. Ma sœur écrit des lettres très drôles mais elles ne font jamais plus d’un paragraphe. Elle ne s’acharne pas autant que moi.

Pouvez-vous nous en dire plus sur Rita Skeeter ?
J K Rowling : J’adore Rita. Vous vous rappelez la première entrée de Harry au Chaudron baveur, dans Harry Potter à l’école des sorciers ? Tout le monde lui dit : « Tu es de retour » et il réalise pour la première fois qu’il est célèbre. Dans l’une des toutes premières versions, Rita, une journaliste, était présente et accourait vers lui. Pour je ne sais plus quelle raison, elle s’appelait alors Bridget ; j’ai oublié pourquoi. Toujours est-il qu’elle le retenait trop longtemps au Chaudron baveur et qu’il fallait que je le fasse partir, alors je me suis dit que j’allais la faire intervenir ailleurs. Comme j’étais en train d’écrire le premier livre, je préparais la suite, et le quatrième tome était celui où la célébrité commençait à devenir un fardeau pour Harry. Elle commence à lui peser lorsqu’il se retrouve plongé dans le grand monde des sorciers et je me suis dit que ce serait le moment idéal pour introduire Rita. À ce moment, elle s’appelait toujours Bridget. Je n’ai pas réalisé à l’époque que j’allais rencontrer des tas de Rita d’ici la rédaction du quatrième tome et que beaucoup de gens allaient supposer que j’avais créé Rita en réponse à ce qui m’était arrivé – ce qui est faux. En revanche, je ne nie pas m’être beaucoup plus amusée à faire vivre Rita après avoir côtoyé de telles personnes. En fait, j’aime assez Rita. Elle est abjecte – elle a une moralité déplorable – mais je ne peux pas m’empêcher d’admirer sa ténacité. Elle est déterminée à mener à bien son travail et c’est, d’une certaine manière, attachant. Je n’en ai pas fini avec Rita. C’est vraiment un bonheur de lui faire côtoyer Hermione car elles sont vraiment opposées. La scène où Hermione, Rita et Luna sont ensemble dans le pub a été un plaisir à écrire : ce sont trois femmes très différentes ayant des points de vue très différents. D’un côté, on a une journaliste cynique, d’un autre, Hermione, logique, droite et cherchant à faire le bien et, d’un troisième, Luna, dingue mais géniale. J’aime vraiment beaucoup Luna. Et on a ces trois personnes sur des longueurs d’onde complètement différentes qui concluent un marché. Cela a vraiment été un plaisir à écrire.

Beaucoup de gens ont certainement essayé de vous soutirer des informations sur vos livres, mais quelle a été la tentative la plus étrange ou peut-être la plus rusée ? Et êtes-vous jamais tombée dans le piège ?
J K Rowling : Oh, cela commence à devenir indiscret. Les gens me posent des questions du genre : « Y aura-t-il un huitième livre et Harry sera-t-il dedans ? » Il y a des questions auxquelles il m’est simplement impossible de répondre. Les fans sont plutôt doués pour ce genre de choses et je dois me tenir sur mes gardes. Je pense que vous voulez le savoir, mais sans vraiment le vouloir. Vous aimeriez tous que je vous révèle ce qui va se passer dans les sixième et septième romans puis que j’efface vos mémoires afin que vous puissiez les lire. Je le sais parce que j’ai le même comportement vis-à-vis des choses que j’aime beaucoup. J’aimerais le faire, mais je sais que cela gâcherait tout.
Je crois que je vais vous révéler quelque chose car je n’ai pas envie, à la fin de la journée, de me rendre compte que je ne vous ai pas apporté assez. Il y a deux questions qu’on ne m’a jamais posées alors qu’on aurait dû le faire, si vous voyez ce que je veux dire. Si vous tenez à faire des spéculations, autant le faire sur ces deux points qui vous mettront dans la bonne direction. La première question que l’on ne m’a jamais posée – elle a probablement dû être évoquée dans des forums sur Internet, mais personne ne me l’a jamais posée – est : « Pourquoi Voldemort n’est-il pas mort ? » Pas : « Pourquoi Harry a-t-il survécu ? » mais bien « Pourquoi Voldemort n’est-il pas mort ? » La malédiction mortelle a rebondi et il aurait dû mourir. Pourquoi cela ne s’est-il pas produit ? À la fin de la « Coupe de Feu », il déclare qu’une ou plusieurs des mesures qu’il a prises lui ont permis de survivre. Vous devriez vous demander ce qu’il a bien pu faire pour s’assurer qu’il ne mourrait pas – je vais dire ça comme ça. Je ne pense pas qu’il soit possible de le deviner. Peut-être que quelqu’un le devinera, mais vous devriez vous poser la question, surtout depuis que vous êtes au courant de la prophétie. Je ferais mieux de m’arrêter ici ou je vais vraiment m’incriminer… L’autre question qu’on ne m’a jamais posée, à mon grand étonnement, depuis la publication du « Phénix » – j’ai vraiment cru qu’on me la poserait – est de savoir pourquoi Dumbledore n’a pas tué ou tenté de tuer Voldemort lors de la scène du ministère. Je sais que je révèle en disant cela beaucoup de choses à ceux qui n’ont pas encore lu le livre. Dumbledore donne bien une sorte de motif à Voldemort, mais ce n’est pas la véritable raison. Quand j’ai évoqué cette question avec mon mari – j’ai dit à Neil que je vous en parlerais -, il m’a dit que c’est parce que Dumbledore savait qu’il devait encore y avoir deux livres. Comme vous pouvez le voir, nous sommes sur la même longueur d’onde sur le plan littéraire. [Rires] Ce n’est pas la réponse ; Dumbledore sait quelque chose d’un peu plus profond… Si vous tenez à échafauder des théories, je vous invite à vous concentrer sur ces deux points. Cela pourrait vous mener un peu plus loin.

Les projets de Hagrid au sujet de son frère aboutiront-ils un jour ?
J K Rowling : Dans une certaine mesure, oui. Graup est manifestement la créature la plus stupide qu’Hagrid ait jamais ramenée chez lui. Dans la longue liste de créatures stupides qu’il a ramenées – Aragog, les Scroutts à pétard -, Graup est celle qui aurait dû l’achever, mais, ironiquement, cette fois pourrait être la bonne. Dans le prochain livre, Graup sera un peu plus contrôlable. Je pense que vous l’avez compris à la fin du Phénix dans la mesure où Graup commence à parler et tolère un peu plus les contacts humains.

Comment Dumbledore a-t-il récolté sa cicatrice dans le métro de Londres ?
J K Rowling : Vous le découvrirez peut-être un jour. J’aime beaucoup cette cicatrice.

Comment trouvez-vous les titres des romans ?
J K Rowling : arfois, ce fut très facile et le titre est naturellement né de l’intrigue. Dans d’autres cas, ce fut plus laborieux. « Harry Potter et la Chambre des Secrets » a eu plusieurs titres. En fait, comme tout le monde le sait maintenant, il s’est appelé pendant un moment « Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé », mais j’en ai ôté toute une partie de l’intrigue qui ne tenait pas debout. Elle révélait trop de choses trop tôt : je l’ai ôtée et elle est devenue une part essentielle – mais pas la seule – du sixième roman. Il n’en reste aucune trace dans la « Chambre des Secrets ». Certains ont pensé que le sixième livre était un dérivé du deuxième, mais ce n’est pas le cas.

J’ai vraiment été choqué quand Sirius a…
J K Rowling : Non, non, on ne peut pas. Nous en parlerons plus tard. Je crois que nous en avons assez dit…

Il a été récemment confirmé que Blaise Zabini était en réalité un personnage masculin. Le reverrons-nous dans les prochains livres ?
J K Rowling : Oui, vous le reverrez.

Reverrons-nous aussi Rogue ?
J K Rowling : Vous reverrez souvent Rogue, parce qu’il est un personnage merveilleux. J’hésite à dire que je l’aime. [Membre du public : Moi, je l’aime.] Vraiment ? À votre place, je m’inquiéterais. En disant cela, vous pensez à Alan Rickman ou à Rogue lui-même ? [Rires] La vie est curieuse, non ? Je crée un héros – Harry – et on voit apparaître à l’écran le Harry parfait, car Dan est exactement Harry tel que je me le représente, mais de qui toutes les filles de quinze ans tombent-elles amoureuses ? De Tom Felton, qui joue Drago Malefoy. Les filles, arrêtez de choisir le méchant. Trouvez-vous avant tout un type bien. Il m’a fallu 35 ans pour m’en rendre compte, mais je vous livre ce trésor dès maintenant, au début de votre vie amoureuse.

Dans le cinquième roman, Harry peut voir les Sombrals. Le pouvez-vous ?
J K Rowling : Oh oui, sans aucun doute. C’est une très bonne question, car elle va me permettre d’éclaircir un point. Si vous saviez le courrier que j’ai reçu à propos des Sombrals ! Tout le monde m’a dit que Harry avait vu des gens mourir avant de pouvoir voir les Sombrals. Pour éclaircir ce point une fois pour toutes, ce n’était pas une erreur. Je serais la première à reconnaître que j’ai fait une erreur dans mes livres, mais il ne s’agit pas ici d’une erreur. C’est un point auquel j’ai beaucoup réfléchi. Harry n’a pas vu ses parents mourir. Il avait à l’époque un an et était dans un lit de bébé. Vous ne verrez jamais cette scène, mais sachez que je l’ai écrite avant de la couper. Il n’a rien vu. Il était trop jeune pour en comprendre la portée. Lorsqu’on découvre la nature des Sombrals, on apprend qu’on ne peut les voir que si l’on comprend ce qu’est la mort au sens large, ce qu’elle signifie vraiment. Quelqu’un a dit que Harry avait vu mourir Quirrell, mais c’est faux. Il était inconscient au moment de la mort de Quirrell, dans « l’École des sorciers ». Il ne s’en est rendu compte qu’après le départ de Voldemort du corps de Quirrell, en voyant son cadavre. Ensuite, il y a eu Cedric. Là, effectivement, Harry venait de voir Cedric mourir quand il est monté à bord des voitures qui ramenaient les élèves à la gare de Pré-au-lard. J’y ai pensé à la fin de la « Coupe de Feu », parce que je savais depuis le début comment se déplaçaient les voitures. Depuis la « Chambre des Secrets », où les voitures sont tirées par des choses invisibles, je savais ce qu’elles étaient vraiment. J’ai pensé que ce serait un élément perturbant à introduire à la fin d’un livre. Quiconque a connu un deuil sait que l’on subit immédiatement un choc, mais qu’il faut un moment pour réaliser pleinement que l’on ne reverra plus jamais la personne défunte. Je me suis dit que Harry ne verrait les Sombrals qu’après avoir atteint ce stade. Ainsi, à son retour à Poudlard, il a vu ces choses sinistres. Cela a donné le ton du « Phénix », qui est un roman beaucoup plus sombre.

En dehors de Harry, Rogue est mon personnage préféré en raison de sa complexité et je l’aime beaucoup. Peut-il voir les Sombrals et, si oui, pourquoi ? D’autre part, est-il un sang pur ?
J K Rowling : J’ai fait allusion aux origines de Rogue. Il a été Mangemort, ce qui exclut qu’il soit Sang-de-Bourbe car ceux-ci ne pouvaient pas devenir Mangemorts, sauf dans de rares circonstances. Voilà déjà quelques informations sur ses origines. Il peut voir les Sombrals mais, dans mon esprit, la plupart des adultes un peu âgés de Poudlard peuvent les voir car, au fil de la vie, on perd des proches et on réalise ce que signifie la mort. Mais vous ne devez pas oublier que Rogue a été Mangemort. Il a certainement vu des choses qui… Mais pourquoi l’aimez-vous ? Pourquoi les gens aiment-ils Rogue ? Il y a quelque chose qui m’échappe. C’est encore le syndrome du méchant, pas vrai ? C’est vraiment déprimant. [Rires] Une de mes meilleures amies a vu le film et m’a dit : « Tu sais qui est vraiment attirant ? » J’ai répondu : « Qui ça ? » Elle m’a dit : « Lucius Malefoy ! »

Dudley nous réserve-t-il des surprises ?
J K Rowling : Non. [Rires] Il n’a aucun talent caché. Je suis ravie de pouvoir vous dire que c’est un personnage sans surprise. C’est Dudley, rien d’autre. Le prochain livre, le « Prince de Sang-Mêlé », est celui où vous entendrez le moins parler des Dursley. Vous ne les verrez que très peu. Ils seront un peu plus présents dans le dernier roman, mais vous ne verrez pas beaucoup Dudley dans le sixième tome : quelques lignes à peine. Je suis désolée pour les fans de Dudley qui pourraient être présents, mais je pense que vous feriez bien de revoir vos priorités si c’est vraiment Dudley qui vous intéresse. [Rires] Votre plan initial pour les sept romans a-t-il évolué au fil du temps ?
J K Rowling : Il a changé, mais seulement dans les détails. Tous les éléments importants sont demeurés intacts et la fin sera celle que j’avais prévue avant 1997. L’histoire a emprunté quelques détours auxquels je ne m’attendais peut-être pas, mais elle tient toujours. Chacun des livres a constitué l’étape prévue vers la conclusion finale.

Les sorts décrits dans les livres contiennent beaucoup de latin. Parlez-vous le latin ?
J K Rowling : Oui. À la maison, nous parlons en latin. [Rires] La plupart du temps. Parfois, pour nous détendre, on fait un peu de grec. Mon latin est un peu rouillé, c’est le moins qu’on puisse dire, mais ce n’est pas très grave car les vieux sorts sont souvent en latin de cuisine – un mélange amusant de langues et consonances bizarres. Voilà comment j’assaisonne le latin. Vous tomberez peut-être, par accident ou presque, sur une expression grammaticalement correcte, mais ce sera une exception. Pour ma défense, je dirai que mon latin est délibérément détourné. Le latin classique n’est pas la langue idéale pour la magie, n’est-ce pas ? Quelqu’un ici sait-il d’où vient « Avada Kedavra » ? C’est un très ancien sort en araméen, à l’origine de l’expression « Abracadabra », et qui signifie « Que la chose soit détruite ». À l’origine, il était employé comme sort de guérison, la « chose » étant la maladie, mais j’ai décidé de faire de la « chose » la personne en face de celui qui prononce le sort. J’ai pris des tas de libertés de ce genre. Je détourne les choses pour les utiliser.

Y aura-t-il un livre sur les parents de Harry, leur histoire et leur mort ?
J K Rowling : Une sorte de « Harry Potter : Épisode 1 » ? [Rires] Non, mais beaucoup de gens me l’ont demandé. C’est la faute de George Lucas. Ce n’est pas nécessaire : lorsque j’aurai terminé, vous en saurez assez. Je pense qu’aller au-delà relèverait de l’exploitation commerciale éhontée. Je suis certaine que M. Lucas ne fait cela que pour des raisons artistiques, mais, dans mon cas, je crois que lorsque vous aurez lu le septième roman, vous saurez tout ce qu’il y a à savoir.

Voldemort ou Tom Jedusor a-t-il jamais aimé quelqu’un ?
J K Rowling : Ah, voilà une excellente question pour terminer, merci. Non, jamais. [Rires] Si cela avait été le cas, il ne serait jamais devenu ce qu’il est. Vous allez en découvrir beaucoup à ce sujet. Et c’est aussi une bonne question parce qu’elle nous ramène au « Prince de Sang-Mêlé » et me permet de répéter pour la millionième fois que Voldemort n’est pas le prince de sang-mêlé, malgré ce que beaucoup de gens croient. Ce n’est pas lui, vraiment pas.

Merci à tous pour vos excellentes questions. [Applaudissements]

Lindsey Fraser : Toutes ces questions furent effectivement brillantes et je pense que vous serez d’accord avec moi pour dire que nous avons passé un merveilleux moment. Je vous en prie, joignez-vous à moi pour remercier J K Rowling.